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"La plupart des Géorgiens évoquaient même une récupération rapide des autres territoires"
Article paru dans l'édition du 28/11/2004


Par Tarel GUSEP à Paris



Le mandat de Mikhael Saakashvili repose essentiellement sur le rétablissement de l’intégrité territoriale. Jean Radvanyi, directeur de l'Observatoire des États post-soviétiques à l’Institut National des Langues et Civilisations Orientales (INALCO - Paris), fait un point sur la politique menée par le président géorgien sur les dossiers sud-ossète et abkhaze.



Mikhael Saakashvili a passé avec succès l'examen d'entrée de sa présidence en mai 2004 avec l’épisode adjare. Mais, les conditions politiques en Adjarie diffèrent de façon significative de l'Abkhazie et de l'Ossétie du Sud. L’Adjarie n'a en effet jamais cherché à revendiquer une indépendance fondée sur l'autodétermination nationale et sa population est d'origine ethnique géorgienne, à la différence des Ossètes et des Abkhazes.
Au vu de la situation à Soukhoumi et à Tskhinvali, doit-on lire le premier bilan de la révolution des Roses comme un succès en demi-teinte ?


Contrôler la totalité du territoire géorgien est un enjeu majeur pour les autorités géorgiennes. Ces régions représentent à la fois une partie importante de la superficie du territoire géorgien, mais aussi de sa population. L’Abkhazie, l’Ossétie du Sud et l’Adjarie sont des éléments essentiels dans les axes de transports et les frontières extérieures, notamment pour les passages douaniers avec les pays limitrophes.

L’Adjarie contrôlait jusqu’en mai dernier une zone de transit vitale vers la Turquie. L’Abkhazie contrôle aujourd’hui le passage vers la Russie, alors que l’Ossétie du Sud a la mainmise sur le principal passage transcaucasien à travers la montagne, plus conséquent en flux de transport que celui de la route militaire reliant la Géorgie à l’Ossétie du Nord. Aux enjeux symboliques d’intégrité territoriale s’ajoutent aussi des enjeux économiques et géostratégiques.

La manière dont Aslan Abachidze a été amené à quitter l’Adjarie a entraîné, en mai dernier, une certaine euphorie. Elle a sans doute incité le gouvernement à lancer une série d’actions qui ne se sont pas avérées probantes parce que les situations abkhaze et sud-ossète sont totalement différentes que celle observée en Adjarie.
Les Adjares sont des Géorgiens musulmans parlant géorgien et faisant partie intégrante de la communauté géorgienne. Or, ni les Sud-Ossètes, ni les Abkhazes n’ont aujourd’hui cette perception. Bien au contraire. Depuis le début des années 1990, un climat de méfiance s’est instauré, puis renforcé suite à des décisions et actions entreprises par Tbilissi.

L’été dernier, lors de l’apparition de tensions exacerbées entre Tbilissi et Tskhinvali, cette méfiance a ressurgi pour déboucher sur une situation, sinon explosive, du moins rapidement très tendue. Avec en arrière-plan, Moscou. Acteur incontournable dans la région, la Russie est également partie prenante puisqu’elle y déploie une force d’interposition internationale. Beaucoup d’observateurs ont alors craint une dérive vers un conflit ouvert.

Finalement, l’euphorie née de la réintégration de l’Adjarie a été fortement ressentie auprès de la population à Tbilissi. La plupart des Géorgiens évoquaient même une récupération rapide des autres territoires – ce qui peut aussi peser sur l’état de l’opinion publique géorgienne actuelle qui voit le processus se prolonger.


Comment la série d’événements en Ossétie du Sud et en Abkhazie peut-elle influer sur le jeu politique de Saakashvili ? Est-il aujourd’hui handicapé par son impossibilité à résoudre les autres conflits ?

Oui et non. Le fait de ne pas contrôler une partie du territoire, souvent propice à des trafics, est un handicap. D’un autre côté, cela ne devrait pas empêcher la poursuite de réformes indispensables et totalement dissociées des questions sud-ossètes et abkhazes.

Il existe encore aujourd’hui des problèmes intérieurs gravissimes en Géorgie, comme la gouvernance ou encore la corruption malgré la bataille lancée contre ses deux phénomènes avec l’aide, sans doute, de conseillers occidentaux. Ces dossiers ne peuvent pas être réglés en quelques mois.

La manière dont le président Saakashvili a traité certains dossiers a suscité quelques inquiétudes, y compris au sein de la société géorgienne. Je pense notamment à la mise en retrait d’un certain nombre de personnes et aux conditions sociales qui perdurent.
Saakashvili a donné l’impression de se servir de méthodes volontaristes, utilisées sur l’Adjarie avec succès, dans d’autres domaines comme l’Abkhazie et la transition économique et sociale, mais cette fois-ci sans réel succès.


Les événements en Géorgie montrent que la transition démocratique s’effectue sur une période longue. Comment la communauté internationale s’est-elle comportée cette année : peut-on tirer des conclusions ou des lignes directrices : vigilance, retenue ou ouverture ?

La communauté internationale était satisfaite du changement de régime. Il semblait évident pour tout le monde que le régime de Chevarnadze restait dans une impasse sans trouver d’issue particulière.

La communauté internationale attend des réformes et des avancées. De ce point de vue, il y a eu une certaine confiance à l’égard de Saakashvili.
Mais les observateurs étrangers demeurent prudents. Non seulement, cette situation reste très difficile sur le plan social, économique et politique. Mais l’on connaît également le caractère volontariste de Saakashvili. On espère qu’il saura tempérer ses envies de vouloir faire évoluer trop rapidement la Géorgie. Cette république doit au contraire avancer progressivement. Le président Saakashvili doit traiter une société malade, profondément divisée depuis la fin des années 1980. Ce n’est sûrement pas une affaire de quelques mois.





© CAUCAZ.COM | Article paru dans l'édition du 28/11/2004 | Par Tarel GUSEP


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