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           Asie centrale
  © Kazakhstanembassy.org.uk (N. Nazarbaev, V. Poutine et J. Zemin à Shanghai)
 
 
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En mal de pétrole, les grandes puissances courtisent le Kazakhstan
Article paru dans l'édition du 07/05/2006


Par Sébastien DAYCARD-HEID et Simon MAZURELLE



Depuis la découverte du champ pétrolifère de Kashagan en 1998, le président kazakh est un « émir » courtisé tous azimuts. Le pétrole de cette ancienne république soviétique est un enjeu stratégique pour rentabiliser les oléoducs promus par la Russie, la Chine et les Occidentaux. Reconduit en décembre dernier, avec plus de 90% des voix, à la tête du Kazakhstan qu'il dirige depuis 16 ans, Noursoultan Nazarbaev joue de ces rivalités pour faire de son pays une puissance régionale.



Le Kazakhstan est, sans nul doute, le pays le plus courtisé d’Asie centrale. Son sous-sol regorge de minerais, mais surtout, de pétrole ! En 2015, lorsque le géant gisement off-shore de Kashagan, le plus grand découvert au cours des trente dernières années, tournera à plein, le Kazakhstan produira 3 millions de barils par jour. Il se placera alors au 5e rang mondial des producteurs de pétrole.

Mais l’année 2015 est aussi celle, selon les plus pessimistes des spécialistes, du « Peak Oil », c’est-à-dire le moment où l'humanité aura extrait plus de la moitié des réserves mondiales disponibles. Pas étonnant que ce géant des steppes attire l’attention des grandes puissances et des géants du secteur pétroliers Shell, Total, Chevron ou Exxonmobil. Les réserves kazakhes permettraient de prolonger l'ère du pétrole. Du moins temporairement. Si le Kazakhstan possède 75% des réserves prouvées de la mer Caspienne (25 millions de barils), il ne s'agit là que d'une autre mer du Nord, et non pas des réserves du Golfe persique. Une donnée que n’ignore pas les Kazakhs qui veulent s’affirmer comme une puissance régionale au travers de réalisation pharaoniques comme Astana, ou encore le plan Kazakhstan 2030 promu par Noursoultan Nazarbaev. Ces projets sont réalisables grâce à la rente pétrolière. Car au Kazakhstan, comme en Russie, c'est l'Etat qui contrôle les richesses. Un contrôle accru depuis que cette loi votée en juillet 2005 sur les ressources du sous-sol stipule que Kazmunaïgaz (KMG, la compagnie pétrolière nationale kazakhe) détiendra désormais 50% des parts dans tous les nouveaux projets pétroliers.

Guerre des tubes

Mais par quelles voies et vers quels marchés transitera cette manne ? Les oléoducs ne manquent pas dans la région. Le CPC (Caspian Pipeline Consortium), l’Atyrau-Samara, l’Atasu-Alashankou, et le Bakou-Tbilissi-Ceyhan (BTC) n’attendent plus qu’une chose : que le Kazakhstan ouvre ses vannes en grand. Déjà alliés dans l’exploitation du CPC, Moscou et Astana développeront dans les prochaines années l’exploitation d’autres champs en commun, parmi lesquels ceux de Kurmangazy qu’ils ont soufflé au groupe Total, de Khvalynsky et de Tsentralnoye. D’autres grands chantiers russo-kazakh sont envisagés, comme le projet d’espace économique commun avec la Russie et le Bélarus, et la coopération à Baïkonour que loue Moscou, pour le lancement du premier satellite kazakh. En ébullition, la coopération entre les deux pays voisins tient aussi, et bien sûr, aux 9.000 kilomètres de frontière, ainsi qu’à un passé soviétique commun.

Quant à la Chine, son rôle grandissant dans la région en fait un partenaire incontournable. Les relations commerciales explosent entre les deux pays, comme en témoignent la création de zones franches, notamment celle de Khorgos, et l’explosion du fret ferroviaire à Dostyq. « Chaque année, le commerce des matières premières augmente », explique Sayan Zhurkabayev en charge du fret ferroviaire kazakh. « L'an prochain, nous prévoyons d'exporter vers la Chine 13 millions de tonnes de matières premières (cuir, métal, charbon mais aussi pétrole) contre 10 millions cette année ». Ajoutez à cela l’appétit énergétique de l’empire du Milieu qui vient de terminer la construction de son premier oléoduc hors de leur frontière, l’Atasu-Alashankou. Un tube où couleront à terme quelque 20 millions de tonnes de brut kazakh et russe vers les raffineries chinoises.

Symbole de la puissance financière chinoise, la Compagnie Nationale du Pétrole Chinoise (CNPC) n’a pas hésité à débourser 4,18 milliards de dollars pour acquérir Petrokazahkstan qui possède plusieurs champs dans le sud du pays. « La finalisation de cette vente répond surtout à des préoccupations géopolitiques », explique Sultan Akimbekov, sinologue et rédacteur en chef du magazine kazakh Kontinent. « Les Chinois sont nos voisins et nous devons respecter leur puissance. » Mais, au-delà de ce contrat, le Kazakhstan entend surtout de faire jouer la concurrence. « Le président Nazarbaev tente d'équilibrer les velléités russes, occidentales et désormais chinoises pour bâtir notre économie », souligne Sultan Akimbekov. « Pour les Chinois, cela répondait au besoin de remplir leur oléoduc. Leurs champs kazakhs d'Aqtöbe ne produisent que 4 à 5 millions de tonnes par an. »

Arithmétique pétrolière

Face à Pékin et Moscou qui proposent un véritable partenariat stratégique, les Occidentaux peinent à offrir une coopération renforcée avec le Kazakhstan. Pourtant, ils jouent très gros : réduire leur dépendance vis-à-vis des tubes russes et assurer la rentabilité du BTC. Reliant les rives azerbaïdjanaises de la Caspienne au terminal pétrolier turc de Ceyhan, cet oléoduc a été construit à l’initiative des Américains, mais financés par la Banque européenne de reconstruction et de développement (BERD) et la Banque Mondiale. Pour rentabiliser le BTC, les compagnies pétrolières occidentales espèrent aussi y faire couler du brut kazakh. Elles ont donc multiplié les gestes de bonne volonté envers le Kazakhstan, en finançant notamment le port d’Aktau, en lui attribuant des parts dans le gisement de Kashagan, et en proposant de construire un terminal pétrolier à Kuryk pour alimenter le BTC. Pourtant les négociations piétinent depuis 2002. Si l’engagement du Kazakhstan ne fait aucun doute, la longueur des négociations laisse deviner un marchandage très serré. Contrairement aux autres oléoducs, le Kazakhstan n’a pas de parts dans le consortium et a donc plutôt intérêt à limiter l’exportation par le BTC pour que son pétrole passe dans le tube dont il partage la propriété avec la Russie, le CPC.

Car les faits sont têtus. 67 millions de tonnes promis dans le CPC, 25 millions dans l’Atyrau-Samara, 20 millions pour les Chinois, 10 millions pour la consommation intérieure. Si le Kazakhstan produit, comme il s’y engage, 150 millions de tonnes en 2015, il faut davantage tabler sur 20 millions pour le BTC plutôt que les 30 millions promis par Nazarbaev lors de l’inauguration de la section sud-caucasienne de l’oléoduc, l’an dernier.

Mais jusqu’où Nazarbaev pourra-t-il ménager les uns et l’autres sans aucune contradiction ? Alors que la Chine envisage déjà de construire un deuxième oléoduc ainsi qu’un gazoduc, les réserves kazakhes prouvées, certes importantes, risquent d’atteindre leurs limites face à l’appétit conjugué des trois grandes puissances.



© CAUCAZ.COM | Article paru dans l'édition du 07/05/2006 | Par Sébastien DAYCARD-HEID et Simon MAZURELLE


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