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           Asie centrale
  © AP (Shanghai, 14 juin 2006)
 
 
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L’Organisation de coopération de Shanghai à l’aube d’une nouvelle ère ?
Article paru dans l'édition du 03/07/2006


Par Lili DI PUPPO à Londres



Le sommet de l’Organisation de coopération de Shanghai (OCS), qui s’est tenu le 15 juin dernier, a marqué le 5e anniversaire de la création de l’organisation. Née en 2001 du « Shanghai five » après l’intégration de l’Ouzbékistan, l’OCS regroupe aujourd’hui la Chine, la Russie, le Kazakhstan, le Kirghizstan, le Tadjikistan et l’Ouzbékistan. L’Inde, la Mongolie, l’Iran et le Pakistan y ont, eux, le statut d’observateurs. Alors que les années 2005-2006 ont vu un regain d’intérêt de la Russie pour l’OCS, le président russe Vladimir Poutine semble aujourd’hui déterminé à transformer l’organisation en un instrument pour promouvoir les nouvelles ambitions géopolitiques russes.



A son origine, le « Shanghai five » (Chine, Russie, Kazakhstan, Tadjikistan et Kirghizstan) avait la forme d’une mesure de restauration de confiance, destinée à résoudre les tensions entre la Chine et les nouvelles républiques d’Asie centrale le long des 7.000 kilomètres de frontière sino-soviétique. Des accords de coopération militaire et de réduction d’armes dans les zones frontalières ont été signés en 1996 et 1997.

L’agenda sécuritaire a ensuite été étendu pour inclure ce que la Chine appelle les « trois maux » – le terrorisme, le séparatisme et l’extrémisme religieux –, tous trois perçus comme de sérieuses menaces au pouvoir central des membres de l’organisation.

L’OCS affiche désormais une large palette d’activités qui dépassent le cadre sécuritaire pour inclure notamment le commerce et les communications. La stabilité frontalière reste cependant au coeur des préoccupations avec le trafic de drogue, la contrebande d’armes et la migration illégale, identifiés comme des dangers transfrontaliers dont la résolution exige un cadre régional.

Sur le plan géostratégique, le poids de l’OCS est indubitable. C’est la plus grande organisation régionale pour son étendue géographique et sa population. Plus important encore, elle réunit dans un même forum les deux puissances régionales Russie et Chine, avec des Etats d’Asie centrale riches en réserves énergétiques. Ce qui unit ces deux pouvoirs régionaux, au-delà de l’hétérogénéité de leurs positions politiques et idéologiques, est le désir commun de contrebalancer la présence américaine en Asie centrale qui s’est considérablement accrue après le 11 septembre. Moscou et Pékin veulent se réapproprier cette région comme leur sphère d’influence commune.

Nouvelles directions

Thèmes majeurs pendant le sommet du 15 juin, la coopération avec les Etats observateurs, l’énergie et le commerce reflètent les ambitions géopolitiques actuelles de la Russie et de la Chine.

L’énergie est un des domaines dans lequel certains Etats membres et observateurs de l’OCS voient les futurs fondements de leur pouvoir. Ces pays détiennent actuellement la moitié des réserves mondiales en gaz naturel.

Moscou a déjà montré sa détermination à utiliser l’énergie comme un levier politique lors de la « guerre du gaz » avec Kiev cet hiver. Téhéran a déclaré pour sa part le 26 juin sa volonté de suivre le modèle russe et d’utiliser le pétrole comme arme pour défendre ses intérêts nationaux si les puissances occidentales décident d’imposer des sanctions à l’Iran concernant son programme nucléaire. À l’occasion du sommet de l’OCS, le président russe a proposé la création d’un « club énergétique ». Son homologue iranien, Mahmoud Ahmadinejad, qui était également présent au sommet, a pour sa part mentionné la possibilité de créer une organisation de type OPEC avec la Russie, qui déterminerait les prix mondiaux du gaz naturel.

Le géant gazier russe Gazprom soutient la construction d’un gazoduc reliant l’Iran au Pakistan et à l’Inde. La compagnie a d’ailleurs récemment discuté avec les autorités iraniennes la possibilité de développer des projets gaziers et pétroliers communs.

La Chine voit pour elle-même le premier rôle dans la sphère du commerce et des investissements et entend utiliser l’OCS pour alimenter son boom économique en obtenant de l’Asie centrale des ressources énergétiques et de nouveaux débouchés pour ses produits.

L’admission de l’Iran comme test

Malgré son empressement à rejeter les allégations sur son devenir en tant que version orientale de l’OTAN ou bloc militaire anti-occidental, l’OCS veut clairement se présenter comme une alternative à l’hégémonie américaine et accroître son influence sur le continent asiatique.

En se référant à un monde multipolaire dans leurs déclarations sur « l’esprit de Shanghai », Vladimir Poutine et son homologue chinois, Hu Jintao, ont clairement adressé leurs critiques au projet américain visant à établir des démocraties dans le monde entier.

La possible admission de l’Iran dans l’organisation, qui a été discutée avant le sommet, va révéler jusqu’où l’organisation est prête à suivre ce cours. Cette question pourrait également devenir un test pour juger jusqu’où les intérêts des membres actuels de l’organisation peuvent effectivement converger.

Avant le sommet, Astana a émis des réserves sur l’intégration de l’Iran et a demandé avec Bichkek un moratoire sur l’adhésion de nouveaux membres. Après la visite du vice-président américain Dick Cheney en avril dernier et l’accord avec l’Azerbaïdjan sur le ralliement du Kazakhstan à l’oléoduc Bakou-Tbilissi-Ceyhan (BTC), l’administration Nazarbaev est soucieuse de ne pas mettre en danger ses relations avec les pays occidentaux. Elle hésite donc à s’afficher en compagnie d’Etats parias comme l’Iran.

L’adhésion de nouveaux membres comme l’Iran et l’Inde pourrait en outre signifier que le Kazakhstan, qui est maintenant le troisième Etat fort dans l’organisation après la Russie et la Chine, verrait son influence se réduire.

D’autres pays d’Asie centrale comme l’Ouzbékistan sont prêts à embrasser les ambitions russes visant à contrer la présence américaine dans la région. Le départ des forces américaines d’Ouzbékistan l'année dernière s'est faite peu après que l’OCS a lancé un appel aux États-Unis pour décider d’une date à laquelle les troupes américaines devaient quitter le territoire des pays d’Asie centrale.

La vague de révolutions qui s’est étendue jusqu’à Bichkek en passant par Tbilissi et Kiev a aussi convaincu certains dirigeants d’Asie centrale de favoriser la stabilité économique et politique que Moscou pourrait leur assurer contre l’insécurité des alliances avec l’Occident.

Mais les plans de Poutine sur le long terme ne vont pas nécessairement entraîner l’adhésion des membres de l’OCS. Moscou veut apparemment prendre la tête de l’organisation. Elle est prête à faire les investissements financiers nécessaires auprès des membres de l’organisation pour atteindre son objectif.

La Chine et l’Inde, les plus grand consommateurs d’énergie après les États-Unis, pourraient s’inquiéter de la volonté russe de dominer l’organisation sur ces prémisses. Quant aux Etats d’Asie centrale, ils veulent préserver leurs politiques multidirectionnelles et promettent de réagir avec prudence à l’objectif de Moscou de fixer les routes de transport pour les réserves énergétiques de la région.

Il reste donc à voir si des intérêts aussi hétérogènes peuvent à l’avenir converger pour faire de l’OCS un outil performant pour promouvoir des agendas anti-occidentaux et accroître le poids de la Russie et de la Chine sur la scène internationale.



© CAUCAZ.COM | Article paru dans l'édition du 03/07/2006 | Par Lili DI PUPPO


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