Russie : la Douma adopte une loi contrôlant l'action des ONG
Dépêche publiée le 23/12/2005
Par Célia CHAUFFOUR, d'après AFP et Le Monde
Moscou, 23 décembre 2005 - Ce vendredi 23, les députés russes de la Douma (Chambre basse du Parlement) ont adopté en troisième et dernière lecture, par une très large majorité (357 députés ont voté pour, 20 contre, et 7 se sont abstenus), le projet de loi plaçant sous contrôle les ONG travaillant en Russie. Un texte qui signe un énième tour de manivelles des mains de Vladimir Poutine sur les rouages d'une machine d'Etat russe toujours plus intolérante vis-à-vis des libertés civiles, individuelles, d'expression et d'opinion.
Après la première lecture fin novembre et les vives protestations des ONG et de l'Occident (notamment du Parlement européen et de Washington) dénonçant un texte risquant d'aboutir à la fermeture de toute association qui s'aviserait de critiquer le pouvoir, le président russe Vladimir Poutine avait demandé des assouplissements aux députés. Si, lors de la deuxième lecture mercredi dernier, 74 pages d'amendements ont été approuvées, les modifications apportées ont été jugées mineures (et largement insuffisantes) par les ONG russes, lit-on ce matin dans une dépêche de l'AFP. Le texte adopté aujourd'hui par la Douma ne laisse, lui, aucun doute : l'activité des organisations non gouvernementales (ONG) en Russie est désormais placée sous contrôle étroit. Il entrera en vigueur après avoir été entériné par la Chambre haute du Parlement (le vote est prévu la semaine prochaine) et signé par Poutine.
L'activité de toute ONG pourra être stoppée si elle représente une menace à "la souveraineté de la Russie, l'indépendance, l'intégrité territoriale, l'unité et l'originalité nationales, l'héritage culturel ou les intérêts nationaux". L'évaluation de cette menace est laissée à l'appréciation des fonctionnaires, commente la correspondante du Monde à Moscou, Marie Jégo. "Ce passage permettra d'interdire aux étrangers de s'intéresser à la Tchétchénie, aux bizutages dans l'armée ou aux tortures dans la police", a souligné Oleg Orlov, de l'organisation Memorial, active dans la dénonciation des crimes perpétrés en Tchétchénie. Pour Valentina Melnikova, du Comité des mères de soldats russes, la loi "permettra de liquider les ONG qui n'auront pas été instituées par l'Etat au profit de celles soutenues par le pouvoir".
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